{ Namasté! }

 (27 mars 2012)

 J’étais en train de réfléchir à une phrase écrite par Dany Laferrière dans son bouquin L’art presque perdu de ne rien faire. C’était quelque chose à propos du fait que le simple fait de dire Bonjour! à un inconnu qui nous observe depuis un moment pouvait engendrer une révolution. Dans le même sens, j’ai récemment écoutée pour la première fois une chanson du groupe K-OS qui parle des êtres qui attendent le train (le métro ou l’autobus, peu importe) chaque jour à la même heure, et qui se croisent invariablement, souvent du lundi au vendredi, qui se reconnaissent mais ne se parlent jamais, ne se disent jamais Bonjour!.

Cette réflexion découle certainement du fait que je sois passée devant le bar où il devait être ce soir, sans même être entrée le saluer. Je crois que c’est parce que j’avais un grand besoin de solitude, cela m’arrive souvent après une séance de yoga.  Bref, pour revenir à mon sujet d’interrogation, j’ai remarquée l’autre jour un monsieur qui devait approcher la soixantaine promenant son chien, et qui chaque fois qu’il me croise, incline la tête en signe de reconnaissance (Bonjour, je te reconnais, on se croise à tous les jours, ou presque, dans cette même rue.).

Autrefois, il y a de cela fort longtemps, à mon souvenir du moins, les gens d’un même village, d’un même quartier ou d’une même ville se saluaient lorsqu’ils se croisaient. Depuis quand date l’extinction de cette pratique empreinte de civilité? Je dirais même empreinte d’humanisme, bien que généralement, je crois (je devrais aller vérifier des sources), l’on saluait la gente provenant de la même classe sociale que la sienne, mais humaniste quand même, car par ce simple geste l’on montrait à l’autre la reconnaissance de son existence.

Serait-ce possible que la quasi disparition de ce geste d’une banalité indéniable coïncide avec la montée fulgurante du suicide en Occident? Et si cette hypothèse était vraie, serait-ce aussi vrai de dire que le simple fait de dire Bonjour! à une personne qui nous est étrangère aujourd’hui pourrait lui sauver la vie? Je vais peut-être un peu loin dans cette direction mais il me semble que cela est d’une simplicité et d’une logique désarmante. Est-ce cela qu’avait observé Durkheim en discutant d’anomie? Cette manière qu’à la société de rejeter systématiquement certaines parties de son corps, cela a-t-il commencé par la fin d’un simple Bonjour! ? Bien sûr d’autres éléments entrent en ligne de compte de ce sujet tabou qu’est le suicide, tels que l’intimidation à l’école, les problèmes familiaux ou une simple anomalie génétique qui fait qu’une personne soit plus facilement atteinte de dépression qu’une autre. Mais encore une fois, ces éléments ne découleraient-ils pas de cette baisse d’intérêt pour les autres membres de la société? Ou si ces problèmes existaient bien avant la naissance de nos grands-parents, n’étaient-ils pas justement moins importants qu’ils ne le sont aujourd’hui, les gens ayant autrefois une certaine forme de soutien social caché? J’ai là une autre réflexion qui commence à poindre dans mon esprit, expliquant peut-être mieux cette épidémie qu’est le suicide.

Mais en attendant, je crois sincèrement que le simple fait de dire Bonjour! peut modifier le cours du destin à cet étranger qui me regarde depuis un bon moment déjà.

Namasté!

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